Love me tender

d’après des nouvelles de Raymond Carver

adaptation et mise en scène Guillaume Vincent

Note d’intention

« Je n’avais plus assez de patience pour m’essayer au roman. A l’orée de la trentaine, j’ai renoncé à tous mes rêves de grandeur. »

Carver n’a ainsi écrit que des nouvelles et des poèmes, sa formule à la fois drôle et désabusée est à l’image de son œuvre faites de losers, d’insatisfaits, de paumés, en fait de gens tout à fait normaux.

Les nouvelles de Carver revêtent l’apparence de la banalité, pas d’histoires extraordinaires, pas de grands drames et pourtant face à l’acuité de son regard (la mise en lumière d’un détail incongru, un lapsus en apparence anodin…) on éprouve une sensation de vertige. Il arrive, sans effet de manche, à rendre le proche lointain, le connu étranger, le rassurant inquiétant, enfin à rendre visible l’invisible. Mais sans nous mettre en garde, l’air de rien, comme en passant, comme par hasard. Il fait vaciller nos certitudes et rend ce banal tout à fait passionnant.Toutes ses nouvelles ont pour sujet un seul et même thème : le couple.

Les couples se succèdent d’une nouvelle à l’autre sans parfois qu’on puisse les distinguer, il faut dire que les personnages ont parfois le même prénom, qu’ils font le même métier, partagent aussi les mêmes passions pour l’alcool, la pêche, et tous sont obsédés par la trahison et l’adultère. On soupçonne que Carver se cache derrière ses personnages certains d’entre eux sont d’ailleurs écrivains… On peut penser à Labiche ou Feydeau, dans cette obsession à mettre en scène le couple ad nauseam, chez eux comme chez lui la cruauté n’empêche pas le rire.

C’est un travail choral quasi musical, que j’aimerais mener avec les huit interprètes de ce projet. L’écriture de Carver demande beaucoup de souplesse, pouvoir être à la fois drôle et pathétique, pouvoir passer du rire aux larmes mais aussi être accordé à son partenaire, à deux mais aussi à quatre et à huit.

On a dit de Carver qu’il était le Tchekhov américain. Pas de samovar chez Carver mais des litres de Gin, comme chez le dramaturge russe le drame ne se joue pas que dans les mots mais aussi dans les silences, les non-dits, ainsi l’étrange impression parfois qu’il n’y a pas de drame, du moins en apparence.

Guillaume Vincent

Insomnie d’hiver

L’esprit ne peut pas dormir, ne peut rester éveiller à se goinfrer, écoutant la neige se rassembler comme pour un ultime assaut.

Il voudrait que Tchekhov soit là pour lui administrer quelque chose – trois gouttes de valériane, un verre d’eau de rose – n’importe quoi, ça lui serait égal.

L’esprit voudrait sortir d’ici,

s’en aller dans la neige, il voudrait galoper avec une meute de bêtes hirsutes, tous crocs dehors,

sous la lune, à travers la neige, ne laissant ni traces, ni fumées, ne laissant rien.
Il est malade, cette nuit, l’esprit.

Raymond Carver

Equipe

Dramaturgie Marion Stoufflet

Scénographie James Brandily

Lumières Niko Joubert

Costumes Lucie Ben Bâta

Avec

Victoire Goupil, Emilie Incerti Formentini, Florence Janas,
Cyril Metzger, Charles-Henri Wolff… distribution en cours

Production

C.I.C.T.– Théâtre des Bouffes du Nord ; Cie MidiMinuit